dimanche 7 février 2016
"Est-ce que vous drainez?"
Cette question à priori saugrenue utilisée comme titre nous est régulièrement posée par notre prof de danse classique. Elle entend par là: "consommez-vous des aliments ou des compléments alimentaires capables de drainer vos muscles afin d'éliminer les diverses toxines de ceux-ci et ainsi les soigner, leur permettre une meilleure résistance à l'effort, une meilleure récupération...?".
Je cherche le verbe "drainer" dans mon Larousse 2000 pour vérifier qu'il n'y a pas d'accent circonflexe sur le i (ainsi je tombe à pic dans l'actualité de la réforme orthographique) et je constate deux choses: d'abord que je ne sais pas où je suis allée chercher cette histoire d'accent, ensuite que la définition du drainage ne fait pas référence au corps humain. Quoi qu'un peu plus haut, à "drainage", un sens médical définit le fait d'évacuer des liquides ou des gaz par le biais de la médecine ou de la chirurgie. Nous voilà bien renseignés. Bon. Ce qu'il y a de drôle avec cette question de Nathalie c'est qu'elle est posée très souvent et qu'elle nous précise chaque fois qu'il "est temps de nettoyer votre foie à cette période de l'année". Si j'établis une conclusion il faut nettoyer son foie (autrement dit "DRAINER") sans cesse et sans relâche. On va peut-être pas abuser non plus, j'ai envie de dire heureusement que j'adore les artichauts (c'est bon pour le foie).
Tout ce petit préambule est pour raconter comment je suis amusée devant les spécificités langagières propres à l'activité qu'est la danse (et la gym, le cirque ou encore d'autres sports, j'imagine, mais je ne peux pas témoigner). Utilisant notre corps comme un instrument de travail, nous sommes amenés à l'entretenir comme tel. Personnellement, ce n'est pas une astreinte mais une nécessité, je me soigne quand mon corps dit ouille ouille ouille. Ouille trois fois. Cela implique tout un vocabulaire/langage codé totalement acquis pour nous mais qui peut-être, je ne sais pas, est un vrai charabia pour quiconque surprendrait nos conversations ballerino-médicales.
Quand je lis la presse au sujet de la danse, je constate souvent que le vocabulaire employé par les journalistes n'est pas tout à fait le même que celui qu'on utilise dans le studio ou sur le plateau. Par exemple, en danse contemporaine on ne parle pas de "chorégraphie" d'"enchainements" de "pas", mais de "phrases", de "matières" de "gestuelle"... J'aime assez l'idée de me dire qu'entre danseurs on parle un même langage. J'aime moins le fait que ça nous cloisonne ou rende notre pratique élitiste. Cela dit, j'aime l'adage "appelons un chat un chat" et c'est vrai qu'avec un vocabulaire très ciblé, on se comprend et c'est très bien.
Pour revenir au champ lexical du soin, nous maitrisons pas mal la médecine douce, avec des injonctions telles que "qui a de la gaultérie / de l'huile d'arnica / du baume du tigre / du strap' / des figues sèches?" Ou même, du castor equi (pour les crevasses). Alors, petite parenthèse, je sais que c'est facile pour moi de me la péter puisqu'avec mes petits bijoux de pieds je n'ai eu que 2 crevasses dans ma vie, mais si je peux vous donner un conseil, le remède à tous vos maux est l'argile verte. Ceci est dit mais sera redit parce que ce produit miracle est on ne peut plus naturel et tellement efficace que FRANCHEMENT, je ris au nez de la médecine moderne de toutes mes dents couvertes d'argiles contre les aphtes. Na.
J'y reviendrai pour la peine et pour que la leçon soit comprise.
Quant aux zones à masser, étirer, échauffer, nous savons les désigner avec la plus grande précision grâce à une connaissance anatomique sans cesse renouvelée. Par exemple, il nous arrive d'avoir des tensions au niveau des trochanters, du creux poplité, des ischions, des trapèzes, des périostes, du carré des lombes ou que sais-je encore et c'est avec le plus grand naturel qu'on se comprend sans planche anatomique sous le nez.
En ce qui concerne la panoplie d'accessoires, je vous épargne l'inventaire balles de tennis, élastique, shorty+brassière parce que vous avez compris le principe, comme dans dans toute pratique, il y a des objets qui facilitent le travail.
Alors, moi, en ce week-end de deux jours... Oui, deux jours, ah? C'est normal qu'il y ait deux jours dans un week-end? Ah, ok, j'ai perdu l'habitude (je relirai cette phrase dans 6 mois avec haine envers ma capacité à râler quand je n'aurai PAS DE TRAVAIL bouhouhouh... et que les week-end seront des semaines). Je m'égare et je disais donc qu'en ce week-end de deux jours je draine mon foie avec du citron chaud, des pommes et un peu de pâte à tartiner maison parce que mon compagnon aime bien cuisiner alors je fais honneur. Je sais pas si ce sera efficace. Si ça ne l'est pas, je boirais de l'argile (rire).
Drainez bien!
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